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Blackmarket for Useful Knowledge and Non-Knowledge No. 18 ? Devenir terriens : 150 dialogues et exercices pour rétrécir et étendre l?humain

[Paris] : Musée de l'Homme

À propos

L'affirmation selon laquelle nous sommes entrés dans une nouvelle ère, géo-historique, dans laquelle notre environnement est principalement influencé par les activités humaines, est devenu le défi de notre présent. Cependant, cela est difficile à appréhender. Que signifie vivre dans l'anthropocene ? Comment y arriver ? Et qui deviendrons-nous ? Face au concert d'évènements qui amplifie la conférence mondiale sur le climat (COP21), le Blackmarket for Useful Knowledge and Non-Knowledge joue une partition légèrement différente. Il fonctionne comme un lieu d'observation et de production dans lequel des experts participent à des conversations en tête-à-tête avec le public. Des récits, des réflexions expérimentales et des exercices quotidiens sont proposés pour définir l'humain selon de nouvelles proportions. Les experts et le public créent ensemble un espace de savoirs, multidisciplinaire, multidimensionnel, propre à sonder et invoquer le «devenir terriens».

Blackmarket for Useful Knowledge and Non-Knowledge est un concept développé par Hannah Hurtzig et Mobile Academy Berlin dans lequel des experts de différents domaines (des scientifiques, des artisans, des artistes, des philosophes ou des voisins) participent à des échanges en tête-à-tête avec le public. Le public (ou plutôt client ce soir-là) peut prendre rendez-vous avec un expert qui offre son savoir pendant une demi-heure. Apprendre et désapprendre, savoirs et pratiques, savoir-vivre et survivre affectent notre rapport à la propriété et à l'institution. Des Blackmarkets ont été mis en scène à Berlin, Varsovie, Vienne, Riga, Tallinn, Liverpool, Jaffa et d'autres villes. Pour cette 18ème édition et pour la première fois en France, le Blackmarket s'installera au Musée de l'Homme à Paris1.

Devenir terriens.

L'affirmation, selon laquelle nous sommes entrés dans une nouvelle ère géologique où l'environnement mondial est principalement soumis aux activités humaines, s'annonce comme le défi principal de notre époque, mais elle est peu comprise' Que signifie de « vivre dans l'Anthropocène » ? Sommes-nous obligés de tout réinventer : l'humanité, la technologie, la nature ' et les rapports qui se tissent entre ces trois termes ' Saurons-nous le faire ' Et comment le relier à la compréhension de notre habitat, la Terre.

En baptisant cette nouvelle ère d'« Anthropocène », l'humanité s'est mise, une fois encore, au centre de tout. Cette notion a entraîné de nombreuses critiques, concernant surtout la responsabilité de l'Homme dans sa gestion de la Terre, si bien que sont apparus des néologismes comme « Capitalocène », « Technocène » ou même « Cthulhucène ». Selon Donna Haraway, se référant ici aux histoires d'horreur de H.P. Lovecraft, les théories écologistes seraient inspirées de Cthulhu, le monstre aux tentacules de pieuvre, abject et puissant, qui figure chez Lovecraft la Terre refoulée. Mais ce nouvel anthropocentrisme engendre en fait un rétrécissement de l'humain. L'ère de l'Homme ne s'appelle pas ainsi, parce qu'il tiendrait tout sous son contrôle' Bien loin de là ! L'Homme, en tant qu'espèce, a agi sur le cours de la « géohistoire » (Bruno Latour), soit l'histoire géologique, de la même façon que les isotopes, les isothermes ou les atomes de carbone : comme accumulation d'une formidable multitude de phénomènes singuliers.

Nouvelles proportions

Vivre dans l'Anthropocène (et en produire la théorie) signifie un changement structurel d'échelle et de cadre pour établir des rapports différents entre humains et non-humains (ainsi qu'entre les humains). Nous devons abandonner le champ humaniste de la pensée occidentale, qui a gouverné le monde ces cinq cents dernières années, avec ses strictes hiérarchies et ses lignes de faille entre « culture » et « nature », entre les humains (les hommes, si l'on veut être plus précis) et le reste du monde. Si la nature a été la première à être colonisée par la pensée et par la conquête européenne, le concept d'Anthropocène empêche toute colonisation, d'un point de vue épistémologique : au contraire, cette pensée ' selon Eduardo Viveiros de Castro ' implique la théorie et la pratique d'une décolonisation permanente. Il n'existe pas d'espèce, de forme de vie, d'étant, aussi petit et insignifiant soit-il, qui justifie un sentiment de supériorité de notre part. La pensée de l'Anthropocène essaie de renouveler les modes de relation entre les étants et l'environnement, qu'il soit biologique ou technique. Qui peut donc nous apprendre à devenir plus petits ou plus grands ' Aussi petits qu'un poisson du banc, que des microbes ou même des molécules, pour nous rendre capables d'étudier comment les changements climatiques influencent les comportements locaux (qui, rétroactivement, ont aussi modifié leur environnement). Ou alors aussi grands que les nuages ou la dimension géologique du temps, pour nous permettre d'entrer en contact avec le temps géo-hydrologique du climat, le temps de formation des combustibles fossiles, ou le temps de désintégration des éléments radioactifs et autres déchets hautement contaminés.

Exercices en non-humanité

Nous ne savons pas où ce post-anthropocentrisme va nous conduire, nous ne pouvons que le subir. Mais comment ' Le premier pas dans cette direction sera un changement de langage : nous pouvons dénommer l'interaction entre l'environnement ' anciennement appelé « nature » ' et l'être ' anciennement appelé humain, « natureculture », ainsi que Donna Haraway et d'autres l'ont fait ; ou nous pouvons utiliser un vocabulaire tout différent, par exemple « Terriens » ou « Gaïa », comme le propose Bruno Latour, abandonnant ainsi l'épistémologie de la pensée occidentale, avec ses séparations entre nature/culture et humain/non-humain, pour nous plonger en territoire inconnu' On ne peut en sortir que pas après pas, en s'appuyant sur des habitudes émergentes et des « savoirs situés » (Haraway), des exercices en post- ou en non-humanité, dans un changement radical de perspective et d'échelle : dans le décentrement ou l'humilité, ou en appréhendant ce que la philosophie bouddhiste a nommé la « coproduction conditionnée ».

Le Blackmarket se propose d'inviter des experts et des activistes de domaines aussi différents que la climatologie, l'intelligence artificielle, la biologie, l'anthropologie, l'éco-féminisme, la science-fiction, les arts scéniques et visuels, l'« integrated design » (collaboratif), les films documentaires, l'agriculture et la contre-culture, la religion et la spiritualité' Nous souhaitons aussi faire appel à l'imagination des Terriens qui ont su rester jeunes. Depuis le début du XIXe siècle, plusieurs classiques pour la jeunesse ont parlé du rétrécissement et de l'extension vers des dimensions à la fois plus petites et plus grandes que l'échelle humaine : Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll2, Le Merveilleux Voyage de Nils Holgersson à travers la Suède de Selma Lagerlöf3, Le Petit Prince d'Antoine de Saint-Exupéry ou encore Kirikou et la Sorcière de Michel Ocelot.

Parmi les nombreux événements organisés autour de la conférence sur le climat COP21 à Paris en décembre prochain, le Blackmarket for Useful Knowledge and Non-Knowledge se veut différent. De façon à cartographier l'état des connaissances bio-géo-chimiques ainsi que de l'imaginaire au sujet de l'Anthropocène, il offrira aux experts et au public un dialogue en tête à tête. À côté des sites et des discours officiels sur la politique climatique mondiale, auxquels le public n'est pas convié, il proposera une autre représentation de la démocratie écologique. Les experts et le public pourront créer ensemble un espace multidisciplinaire et multidimensionnel, un espace hallucinatoire de connaissance, pour évoquer ce que pourrait être l'Anthropocène.

Les dates

Le 21/11/2015 à 19h00

Lien d'infos

En savoir plus

Public

Tout public

Le lieu

Musée de l'Homme à Paris (75).
En savoir plus sur ce lieu : Le site internet du lieu

Infos presse

Pour toutes informations complémentaires, contactez Ticoet :
blackmarket@ticoet.fr -





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